Veille Juridique

Registre des Mandats sur Droits Réels : Ce qui change au 1er juin 2026

Publié le 03 avril 2026  ·  Mis à jour le 24 avril 2026  ·  Par Me Yassine KRARI  ·  6 Minute(s)
Domaines : Droit immobilier, Veille législative
Accueil Publications & Interventions Registre des Mandats sur Droits Réels : Ce qui change au 1er juin 2026
01 juin 2026 Entrée en vigueur du registre des mandats sur droits réels — Anticipez dès maintenant

La circulaire ministérielle n° 205 du 1er avril 2026 sonne la fin de sept années de période transitoire. Toute transaction immobilière par mandataire sera désormais soumise à une nouvelle formalité d’opposabilité dont l’inobservance peut bloquer vos droits.

Le droit foncier marocain s’apprête à franchir une étape décisive. Par circulaire n° 205 en date du 1er avril 2026, le Ministre de la Justice notifie au Directeur Général de l’Agence Nationale de la Conservation Foncière, du Cadastre et de la Cartographie l’ouverture prochaine — au 1er juin 2026 — du registre des wikalates rassmia (سجل الوكالات الرسمية المتعلقة بالحقوق العينية). Ce texte marque la clôture définitive d’une période transitoire ouverte en 2019 et impose, en pratique, une nouvelle formalité substantielle à l’ensemble des acteurs de l’immobilier marocain.

I. Le cadre normatif : sept ans pour une réforme

La Loi n° 31.18 du 9 août 2019, portant modification et complément du Dahir des Obligations et Contrats (DOC), avait institué ce registre avec une ambition claire : renforcer la sécurité juridique des transactions immobilières en rendant les mandats relatifs aux droits réels opposables aux tiers par voie d’inscription. L’innovation était majeure, mais son entrée en vigueur avait été expressément subordonnée à la publication des textes d’application et à l’opérationnalisation du système informatique.

Textes de référence
  • Loi n° 31.18 du 9 août 2019 — Institution du registre et modification du DOC
  • Décret n° 2.23.101 du 22 octobre 2024 — Organisation du registre et modalités de fonctionnement
  • Arrêté du Ministre de la Justice n° 381.25 du 6 octobre 2025 — Modèles officiels homologués
  • Circulaire n° 205 du 1er avril 2026 — Fixation de la date d’entrée en vigueur : 1er juin 2026

La chaîne normative est désormais complète. Le système électronique étant opérationnel, la circulaire ouvre le dépôt des demandes d’inscription devant l’ensemble des tribunaux de première instance du Royaume, sans exception.

II. Le mécanisme : qu’est-ce qui change concrètement ?

Jusqu’à présent, une procuration notariée portant mandat de vendre, donner, hypothéquer ou accomplir tout autre acte translatif ou constitutif de droits réels déployait ses effets dès sa rédaction, sans formalité supplémentaire. Désormais, une étape nouvelle s’intercale dans le processus transactionnel : l’inscription au registre, préalablement à tout acte auprès du notaire et à toute formalité devant le Conservateur Foncier.

Cette inscription confère au mandat son opposabilité aux tiers, notion centrale en droit des biens marocain. En son absence, le mandataire agit toujours en vertu d’un pouvoir qui lie les parties au contrat de mandat, mais dont l’efficacité à l’égard des tiers — et notamment du Conservateur — sera remise en cause.

« À compter du 1er juin 2026, tout mandat officiel portant sur un droit réel immobilier devra, pour être opposable aux tiers, faire l’objet d’une inscription au registre institué par la Loi 31.18. »

  • Transactions immobilières : Ventes, donations, constitutions d’hypothèque par mandataire nécessitent désormais l’inscription préalable au registre.
  • Procédure contentieuse : Un mandat non inscrit ouvre une exception d’inopposabilité susceptible de paralyser un dossier judiciaire.
  • Conservation Foncière : Le Conservateur sera fondé à refuser toute formalité sur la base d’un mandat non enregistré au registre.
  • Arbitrage & médiation : Les mandats de représentation dans les procédures arbitrales portant sur l’immobilier sont également visés.

III. Impact pratique : cinq domaines à surveiller

1. Les transactions en cours : un audit s’impose

Toute opération immobilière initiée avant le 1er juin 2026 et non encore finalisée devra être examinée sous l’angle de la conformité au nouveau registre. Une procuration valablement établie sous l’empire de l’ancien régime mais non inscrite sera exposée à une contestation d’opposabilité dès la date d’ouverture du registre. La régularisation préventive devient une nécessité, non une option.

2. Le contentieux de la représentation : un moyen de défense nouveau

Pour les praticiens du contentieux immobilier, la réforme ouvre un moyen de défense procédural inédit : l’exception d’inopposabilité du mandat non inscrit. Dans les litiges portant sur la validité d’une vente conclue par procuration, d’une donation ou d’une hypothèque constituée par mandataire, la partie adverse sera fondée à soulever ce moyen. La jurisprudence de la Cour de Cassation reste à construire sur ce point, mais le risque procédural est réel et immédiat.

3. Les baux commerciaux de longue durée

Les baux commerciaux consentis par mandataire — particulièrement fréquents dans les structures sociétaires gérant plusieurs actifs immobiliers — entrent dans le champ d’application de la réforme dès lors qu’ils portent sur des droits réels. Une relecture des mandats en cours s’impose pour les bailleurs et preneurs concernés.

4. Les structures sociétaires : mandats permanents et délégations de pouvoir

Les sociétés disposant de délégations de pouvoir permanentes pour la gestion de leur patrimoine immobilier devront vérifier si ces instruments entrent dans le champ de la Loi 31.18. Les administrateurs, gérants et directeurs généraux agissant en vertu d’une procuration spéciale sur les actifs fonciers seront directement concernés.

5. La pratique arbitrale : une nouvelle diligence

Dans le cadre des procédures arbitrales portant sur des droits réels, la vérification de l’inscription au registre des mandats des représentants des parties devient une diligence préalable incontournable. Omettre ce contrôle pourrait exposer la sentence à une contestation tirée de l’irrégularité de la représentation.

IV. Plan d’action recommandé avant le 1er juin 2026

Action Acteurs concernés Priorité
Inventaire de toutes les procurations actives portant sur des droits réels Particuliers, sociétés, professionnels de l’immobilier Urgent
Inscription au registre des mandats antérieurs non encore finalisés Mandants / mandataires concernés Urgent
Révision des délégations de pouvoir permanentes dans les structures SA / SARL Dirigeants d’entreprises disposant d’actifs immobiliers Important
Vérification des dossiers contentieux en cours impliquant des actes par mandataire Justiciables, avocats Important
Intégration de la vérification de l’inscription dans tout nouveau mandat immobilier Notaires, avocats, professionnels de l’immobilier Préventif

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le registre des mandats sur droits réels ?

Institué par la Loi 31.18 et organisé par le Décret 2.23.101, ce registre reçoit l’inscription de toutes les procurations officielles portant sur des droits réels immobiliers. Il devient opérationnel le 1er juin 2026 devant tous les tribunaux de première instance du Maroc.

Un mandat non inscrit reste-t-il valable après le 1er juin 2026 ?

Sa validité entre les parties au contrat de mandat peut subsister, mais son opposabilité aux tiers sera compromise. En pratique, le Conservateur Foncier sera fondé à refuser d’opérer toute formalité, et une exception d’inopposabilité pourra être soulevée devant les juridictions.

Qui est concerné par cette nouvelle obligation ?

Toute personne — particulier ou société — agissant par procuration pour accomplir un acte portant sur un droit réel immobilier au Maroc : vente, donation, constitution d’hypothèque, bail de longue durée conférant un droit réel.

Où déposer une demande d’inscription ?

Les demandes d’inscription sont reçues par le greffe des tribunaux de première instance de l’ensemble du territoire national, qui constitue le point d’entrée du système électronique mis en place par l’ANCFCC.


Besoin d’un accompagnement juridique adapté ?

Nos avocats sont à votre écoute pour analyser votre situation, répondre à vos questions et vous accompagner dans vos démarches. Prenez rendez-vous avec notre cabinet pour un échange personnalisé.

Prendre rendez-vous